• BALAYER DEVANT SA PORTE

     

    Ecologie, catastrophisme, décroissance, éthique environnementale, scientisme, apocalypse...

    On parle, on cause, on disserte, on raisonne et on déraisonne...

    On se groupe, se ligue, s’enrôle, s’encarte...

    On se révolte, s’offusque, on a peur , pitié, on s’apitoie sur son sort, celui des autres, celui des générations futures, des ours blancs, des papillons ou des gorilles... on n’ a pas tout à fait tort... mais :

    que faisons-nous ?

    La question est mal posée :

    Ici et maintenant ? Que fais-je ?

    Peut-être la technologie triomphante, le progrès sacro-saint pourraient, dans un avenir forcément incertain, venir à bout du réchauffement climatique qui commence ses ravages, vaincre le problème de la pénurie d’énergie(es),de la faim et du manque d’eau potable qui nous menacent dès maintenant. Peut-être... dans un avenir proche...ou lointain...ou compromis par des crises, des aléas divers et variés qui ont autant de chances, chacun, de survenir que ces projets surréalistes de réparations et de raccommodages. Sans compter que ceux-ci, comme tous les médicaments soignent les symptômes plutôt que les causes, et ne sont pas exempts d’effets secondaires... (peut-être inenvisageables en l’état de nos connaissances.)

    — On sait beaucoup, mais on découvre toujours !

    — Et : Comme les connaissances et la façon de voir les choses se démodent vite, nous paraissent facilement puériles en regard des découvertes qui nous ébahissent chaque jour !

    Que faisons-nous ou que fais-je ?

    Agir. Il le faut, et vite.

    Nous agissons : Nous trions nos déchets, tentons d’économiser l’eau, de manger bio...Certains se dotent d’habitations économes en énergie, produisent de l’électricité sur leur toit, roulent à vélo et ont acheté, pour partir en vacances vertes, une voiture moins énergivore et moins polluante.

    C’est très bien ! Mais quelle goutte d’eau dans l’océan quand tant d’autres ne font rien, gâchent, dépensent sans compter en se fichant complètement de la solidarité, de la démographie galopante, des monstrueuses disparités d’une société à l’autre...! Que sais-je ?

    Et nous voilà tout découragés, révoltés, écœurés du manque de discernement et de courage de nos concitoyens. Ils ne font rien, eux ! Pourquoi s’échiner !

    D’autant plus que les « pays émergents » émergent ! avec une grosse envie refoulée depuis longtemps de s’aligner sur ceux dont le niveau de vie est responsable de la cata !

    « J’en veux aussi, moi, du gâteau ! Je compte mes sous, j’y suis presque, encore un sou, j’y suis ! Je veux le plus gros, le plus gras, le plus merveilleux gâteau, depuis le temps que je vois les autres en manger ! Quoi : obésité ? régime ? diète ? Je veux bien devenir obèse, ça me changera de crever la faim ! »

    Allez donc lui demander de sauver la planète, que notre inconséquence et notre boulimie ont mis en danger, à celui-là qui va enfin goûter au gâteau ! Il va vous écouter, peut-être ? coopérer ?

    Rions avant d’en pleurer !

    C’est un fait, il faut l’accepter : nous ne sauverons pas la planète avec nos petits actes dérisoires cantonnés pour l’instant à une Europe (culpabilisante, culpabilisée) qui se voudrait généreuse et peut-être, si tout va bien, épaulés par les USA, pas encore très convaincus et partant de très loin .

    Loosers, battus d’avance, nous ? Jamais.

    Nous avons des atouts, nous pouvons fixer des objectifs, réalisables, les atteindre, créer un tourbillon qui s’étendra, progressera comme savent le faire des modèles mathématiques dynamiques...

    Comment ?

    En balayant devant notre porte.

    Faisons un bilan de nos atouts :

    1) Ce qui reste de notre aura de vieille Europe porteuse de civilisation. C’est encore quelque chose.

    2) le fonctionnement de notre démocratie, qui, si elle n’est pas parfaite, fait de nous les responsables de nos choix consuméristes. Autant dire que, sous le régime forcené de l’économie de marché auquel nous sommes assujettis —je pèse mes mots— nous avons le pouvoir.

    3) La liberté de dire non :

    • aux partis politiques qui, de compromissions en compromissions finiront par nous trahir, puisqu’il faut se rassembler, s’allier pour être fort.
    • Aux gens qui ne parlent pas clairement dans le seul but de vous enrôler sous une bannière prestigieuse, certes, mais dont vous ne maîtrisez pas toutes les implications parce qu’ils jargonnent afin de vous maintenir dans le flou par rapport à leurs véritables intentions. Les intentions cachées, ésotériques, ne sont pas souvent respectables.

    4) La liberté de nous renseigner, à plusieurs sources, contradictoires et argumentées. Celle de comprendre pleinement et d’approuver toutes les conséquences du moindre de nos choix politiques, consuméristes, de vie , de société, de philosophie. Il y a des dictionnaires, des bibliothèques, Internet... Douter de tout et de tous, forger nos convictions personnellement, après mûre réflexion documentée, prendre notre temps même si on ne nous l’accorde pas. Considérer tout choix, même minime, d’apparence futile, comme un acte politique équivalent au moins au bulletin de vote.

    5) la liberté de refuser (gentiment) conseils et contraintes. Refuser le comportement grégaire qui nous pousse à hurler avec les loups, à désirer la même chose que le voisin, à suivre les modes...ces comportements sont souvent provoqués, avec des buts divers, quelquefois simplement marchands, d’autres fois plus obscurs , plus compliqués, plus machiavéliques.

    Il est difficile d’en déceler soi-même la dangerosité ou l’innocuité, car les origines de ces incitations ressemblent aux rumeurs. On n’en connaît ni l’auteur, ni l’origine, ni la réalité. Il faut rester vigilant, méfiant et responsable quant à ces mouvements.

     

    La vie responsable est moins légère, moins futile. Ce sont contraintes un peu lourdes que de toujours penser aux conséquences de ses actes, de culpabiliser au moindre manquement ! Renoncer au coup de coeur, à l’achat d’une bricole séduisante mais fabriquée au prix de la sueur et du sang d’autres, qu’on ne connaît pas...renoncer au voyage de pur plaisir, parce qu’il pollue gravement sans utilité...renoncer à la sensation de puissance que confère une grosse voiture...Renoncer...

    La vie responsable est moins légère, en effet...Mais :

    A quelle autre vie doit-on la comparer ?

    Malheureusement plus à la vie que nous avons pu mener jusqu’ici parce que nous restions (plus ou moins) dans l’innocence de l’enfance : nous ignorions.

    ...Plus ou moins.

    Il faut la comparer à celle qui nous attend :

    La faim, l’absence d’eau potable, les prix élevés de l’énergie, la sécheresse en des lieux actuellement tempérés, la diminution de nos potentiels de progrès dus à ces causes, les conséquences difficiles à prévoir des déséquilibres biologiques déjà amorcés...Et cela si nous acceptons de partager les ressources globales avec les autres, tous les autres...

    Si nous conservons de force notre niveau de vie, c’est la guerre. Pauvres contre riches, Sud contre Nord, exploités contre exploiteurs, inondés contre possesseurs d’espace vital, pour l’eau, pour les récoltes, pour les richesses patrimoniales, pour des choix de société ou de religion...

    Ou alors : bâtir des murs, très hauts et très bien gardés, vivre reclus derrière, mangeant et buvant, en fermant les yeux et les oreilles à la misère à l’assaut de nos défenses. Ce n’est pas complètement impossible !

    Quelle que soit la solution (!) adoptée, il nous faut faire le deuil du bon vieux temps qui existe encore mais agonise là, maintenant tandis que nous débattons.

    Le temps des choix est arrivé, et durera peu.

     

    Un autre tourbillon s’amorce sous nos yeux (plus ou moins avertis).

    Pas seulement cette histoire à controverse de la responsabilité humaine du dérèglement climatique. Les facteurs naturels réglant le climat de notre planète sont nombreux et puissants. Le petit coup de pouce donné par l’activité humaine dans un sens ou l’autre doit être suffisamment dérisoire et contradictoire pour être négligeable en raison des forces en présence. Mon impression résulte du désaccord des experts les plus réputés sur ce sujet. Et ils ne sont pas tous corrompus.

    Evidemment, si une certitude se dégageait des débats, il vaudrait mieux tout faire pour aider à éviter le pire.

    Il y a d’autres éléments à prendre en compte.

    Nous sommes trop nombreux et trop agissants au regard de la nature. Notre nombre et notre mode de vie nous ont fait basculer du rang d’enfants de la terre, —habitants tolérés au même titre que les autres— au statut de prédateurs, de parasites gênants, dont Gaïa ne veut plus parce que sa vie à Elle est en jeu.

    Gaïa, notre planète maternelle, est, elle aussi, un organisme composé de milliards d’autres liés par un commensalisme intime, tout comme nous le sommes, et comme tous les autres organismes le sont.

    Elle est malade de nous, par notre présence trop active et trop nombreuse. Il est normal que, comme tout organisme vivant le fait, elle se défende de l’agression.

    Est-ce qu’elle va se secouer, prendre la fièvre, sécréter des toxines ? C’est ce que font les animaux, les humains, les arbres en pareil cas.

    Nous ne connaissons pas vraiment les réactions de pareil organisme devant l’agression que nous représentons, cela ne s’était pas encore produit de mémoire d’homme.

    Ce que nous pouvons comprendre, toutefois, c’est la nécessité de faire profil bas, de cesser toute agression, toute excessive dépendance, tout pillage et tous dommages aux autres espèces, qui font partie du grand corps qui nous abrite et nous nourrit.

    Nous étions tolérés il y a peu. Il nous faut regagner ce seuil de tolérance, avec juste un petit retrait de prudence, car si nous arrivons à dépasser l’alerte, nous pourrions craindre, en cas de récidive, une maladie bien grave aux symptômes de laquelle nous ne résisterions pas une deuxième fois.

    Il faut donc agir, et vite.

     

     

     


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  • JOKO ou ma dernière chevauchée

    Au mur, inattendue dans son cadre désuet, est la photographie de la maison, par un matin d’automne ; avec sa jonchée de feuilles mortes, ses platanes élevés dissimulant le visage assombri de la bâtisse esseulée, ne laissant apparaître que son sourire épuisé... Et des brumes, des vapeurs s’élevant du chemin ; ce blanc chemin qui, disait-on, ne mène nulle part.

    Mon regard erre sur la photo jaunie, comme si elle ne m’était pas si familière... Il y a beau temps que je ne la distinguais plus du papier peint défraîchi dont la décrépitude ne m’interpelle plus. Aujourd’hui, l’ensemble me saute aux yeux... Pourquoi donc ? Je suis bien : ma vieille carcasse me laisse en paix. Mon esprit, larguant les amarres, décolle doucement.

    Un déclic : ...Je suis bien : une buée odorante et chaude monte du pelage humide de mon pauvre vieux Joko qui ne sait plus courir mais fait de son mieux. ...

    Je suis bien : je laisse les rênes lâches à ma monture comme à ma nostalgie. Et voilà que les pieds fins de mon alezan foulent sans bruit le sable souple du sentier ; les feuilles mortes craquent à peine sous ses sabots exigus, les platanes majestueux forment une voûte au-dessus de nous, et la maison abandonnée est aimable , pas loin. Les blanches brumes nous environnent et se jouent de notre orientation.

    Joko pointe vers moi des oreilles interrogatives. Il ne comprend pas comment il se retrouve sur la sente qui longe les prairies qui l’ont vu naître. Moi non plus je ne comprends pas. Comprendre, est-ce bien d’actualité ? N’est-ce pas le moment de laisser aller, de goûter au lieu de comprendre ?

    — Va, Joko, va ! je ne décide plus rien. Choisis, fais ce que dois !

    Ses pas hésitants se font moins incertains. Joko a pris la direction de nulle part, vers quoi mène ce chemin blanc environné de blanches vapeurs. Nous dépassons le vieux banc vert et les squelettes des grands platanes défeuillés. La maison nous sourit vaguement, enfouie derrière les frondaisons roussies, puis nous prenons la courbe à droite, puis à gauche décrivant un S vers...

    Un banc...Le même ? Moins vermoulu, peut-être... A nouveau un groupe de platanes effeuillés par l’automne ; les petits pieds de Joko piochent un tapis de feuilles mortes assouplies, et le sentier blanc dessine des courbes en S. Les blanches brumes mouvantes nous dissimulent notre but, s’il en est un. Allons.

    Tiens ! Un banc. Comme il ressemble... Non. Il est moins vieux, bien moins... Des platanes perdent leurs feuilles. Ils sont encore jeunes et la jonchée est mince sur l’herbe jaunissante. Une maison avenante apparaît derrière les troncs élancés. Les volets sont entrouverts, repeints de frais. Mais le sentier de sable blanc emmène Joko toujours plus loin.

    Après la courbe en S apparaît un banc tout neuf, d’un vert frais, juste avant un groupe de jeunes arbres élancés ; à terre, un gazon ténu et quelques feuilles ; puis la maison joyeuse, persiennes ouvertes rit de toutes ses baies, à peine dissimulée par de jeunes plantations. Au travers des brumes, le sentier de sable blanc...

    ...Suit un grand rire ! Me voici tombée parmi les feuilles dorées, ma selle à côté de moi. Un jeune poulain nommé Joko, bien trop mince pour la porter, s’en est débarrassé d’une petite ruade. Il gambade, galope après les vapeurs changeantes de son premier automne, tandis que, souple et légère, je me relève en riant J’ai seize ans, Papa et Maman m’attendent à la maison. J’ai eu un joli poulain alezan pour mon anniversaire.


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