• crime et chat qui ment (suite et fin)

    Rappel:

    L'inspecteur Maalouch a bien l'intention de "faire parler "quat'saisons" Ludo, qui veut venger ses amis"les Blanc", n'est pas contre, mais pas pour non plus...

     L’inspecteur Malouch jugea qu’après une mauvaise nuit en cellule, son suspect serait plus disert. Il fit monter Ludo de grand matin.

    Barbe et cheveux en bataille, les yeux cernés et baillant à mâchoires décrochées, il laissa tomber son long corps osseux dans le fauteuil pourtant sévère destiné aux interrogatoires. Il s’y lova, fit son trou, habitué à rechercher le plus possible de confort même en l’absence de celui-ci. Malouch le regardait faire, prenant pour du culot ce qui n’était que tendance naturelle.

    L’inspecteur allait de stupéfactions en étonnements. Son suspect semblait coopérer...à sa manière. Celui-ci avait négocié habilement la résolution du mystère de l’ascenseur (qu’il occupait avec son véhicule) contre l’assurance que rien de ce qu’il avouait-là ne parviendrait à la Direction. Il fallut que l’inspecteur lui donne des preuves de sa discrétion, mais quand il les eut, Ludo lui raconta sans vergogne ses habitudes flâneuses, sa descente précipitée au second sous-sol, où il aurait dû transpirer à ranger de lourds cartons, et tout ce que son oeil exercé de dessinateur avait noté au cours de ses pérégrinations fantaisistes dans l’entreprise. La seule chose qu’il évita de dire concernait Rom, qui n’existait tout simplement pas. Pas d’imposte ouverte, aucun chat dans l’entrepôt, c’était la loi de l’endroit...

    Il parla enfin des victimes, dit tout le bien qu’il en pensait, les liens anciens qu’ils avaient tissés, et la colère qui l’animait envers le ou les assassins était sincère, foi d’inspecteur de police !

    Il faisait beau, la fenêtre était ouverte. Dans la pièce à côté, les collègues de Malouch avaient du vague à l’âme. Le bureau, des rapports à taper, par ce soleil ! Quel gâchis. Un blondinet regardait dehors avec nostalgie. Il eut une exclamation et se pencha dangereusement au-dessus du garde-fou. Les autres réagissaient pour l’empêcher de tomber, quand il se retourna, souriant :

    — « C’est rien ! Y’a un chat qui fait son somme sur la corniche, sous le local du commissaire ! Quelle idée ! Il est tranquille, le pépère ! Il dort. »

    Les fonctionnaires défilèrent pour constater le fait : Un chat dormait au soleil, sur l’étroite corniche.

    — « Bah ! » dit l’un d’eux, « il a su monter, il saura bien redescendre... » Et l’incident fut clos, chacun étant pressé de terminer les paperasses pour sortir au soleil aussi.

    L’aspirant commissaire, lui, avait examiné à la lumière des observations pointues de Ludo, certaines dépositions, et avançait. Il voulut revoir Ludo avant de conclure.

    — « Planton, voulez-vous faire monter Monsieur Ludovic Stayer. Et demandez qu’on prépare les papiers pour sa libération ... Oui, ce soir, mettons dans une heure ! »

    Tiens donc : Monsieur Stayer ! Il n’était donc plus « Quat’saisons ?

    Ludo entra, toujours aussi hirsute et décontracté, et gagna tout de suite le petit fauteuil de fer.

    — « Monsieur Stayer, j’ai un dernier détail à régler avant de vous libérer... » Ludo leva un oeil... « Mademoiselle Olympe, la secrétaire de votre directeur, a mentionné un chat paraissant sortir de l’entreprise. Il a pris par le toit, puis est entré dans l’entrepôt. Avez-vous remarqué vous aussi quelque chose ? Un autre témoin parle du cagibi du rez-de- chaussée, d’une imposte ouverte... Vous qui alliez partout, avez-vous déjà vu ce chat ? »

    Ludo bien embêté, cherchait une réponse évasive, quand le jeune blondinet du bureau d’à côté entra, les bras pleins d’un chat de gouttière paraissant dans les vaps.

    — « Qu’est-ce que je fais, chef, il est tombé de la corniche sur le trottoir juste quand je sortais. J’l’ai ramassé... ? » Alarmé, Ludo se leva... et se rassit aussitôt. Rom avait brièvement glissé un regard sur le côté, puis refermé ses yeux jaunes...

    Sur ces entrefaites entra Mademoiselle Olympe, introduite par un policier en uniforme. Elle venait chercher les conclusions de l’inspecteur, car Duponz rentrait demain matin. Il était furieux, comme d’habitude, mais cette fois avait un beau prétexte.

    — « Oh ! le pauv’ Kiki » Elle s’avançait tout naturellement vers un chat en souffrance. Rom ouvrit les yeux sous sa caresse et bougea un peu. Puis se redressa et voulut quitter les bras secourables mais fermes du blondinet . Celui-ci le posa doucement à terre et Olympe entreprit de le palper sur toutes les coutures. Il semblait indemne. La conversation reprit pour régler les affaires en cours, car l’heure avançait. Ludo fut servi le premier, on lui rendit ses petites affaires et il sortit sans avoir répondu aux questions restées en suspens. Rom n’eut pas un regard pour lui, ne fit pas mine de le suivre, même par inadvertance. Olympe eut son dossier pour son patron. Celui-ci avait sur les bras deux victimes et un assassin, car le coupable était le cinquième employé du service emballages, pris d’un coup de folie. On n’avait pas fini de l’entendre vitupérer.

    Restait le cas du « kiki ». Olympe au grand coeur s’en chargea. Il se cala entre ses bras quand elle retourna à sa voiture...

    — « Je crois que j ‘ai tout compris, petit hypocrite ! lui dit-elle quand il fut bien installé sur la banquette arrière. Tu as menti effrontément au commissaire ! Tu le connais, Ludovic, hein ? Tu venais en douce le voir à l’entreprise... C’est toi que j’ai vu filer par l’entrepôt le jour du drame...Petit filou ! Et puis, comme il n’est pas rentré, tu l’as cherché, trouvé, et tu l’attendais... Et comme tu n’avais pas mangé de tout ce temps, tu es tombé ! Et tu n’as pas voulu trahir ton ami !... Mon petit héros !, dit-elle tendrement. Il fallait bien une chute à cette histoire, mais pas la tienne ! «

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