• L'INCONNUE

    L’inconnue

    Elle était assise à mon bureau, appliquée à taper sur mon ordinateur..
    J’étais pourtant entrée bruyamment dans l’appartement réputé vide, jetant mes clés sur la table, expédiant mes chaussures et mon sac dans le couloir, au plus près de la porte de ma chambre, pressée de noter l’idée qui m’avait squatté l’esprit tout l’après midi. C’était une sorte de poème, qui chantait bien et m’obsédait pour le moment. Je me savais capable de l’oublier, demain.
    Malgré tout ce remue-ménage, l’inconnue continuait à taper tranquillement. Elle n’avait pas même tourné la tête à mon entrée tonitruante.
    Malgré l’obstacle des longs voiles soyeux et noirs dont elle semblait enveloppée, je n’avais pas douté un instant qu’elle fut femme. Un je-ne-sais-quoi dans l’épaule, quelque chose dans la position de la jambe sur laquelle reposait la soierie, le port général du buste...
    Mais que faisait cette inconnue chez moi ? J’aurais dû être affolée. Pourquoi gardai-je ce calme, cette empathie ?
    Elle portait une espèce de capuchon sur sa tête penchée, dont les bords n’étaient pas attachés. Il ne paraissait pas que son costume ait quelque chose à voir avec les housses dont se revêtent à notre époque, certaines femmes musulmanes. Pourtant, les mains de l’inconnue, qui couraient toujours sur les touches du clavier, restaient invisibles, masquées par de longues et larges manches. Portait-elle des gants ? J’étais fascinée par le tombé extraordinaire de l’étoffe dont elle était enveloppée. Ces manches, en particulier, auraient dû la gêner. Elles suivaient gracieusement son toucher rapide.
    Immobile et sans réaction, j’enregistrai ces observations, évidentes et pourtant dépourvues de sens. Ma tête s’était vidée de toute pensée. Je ne réagis pas plus quand la femme se leva, me montrant toujours son dos. Elle était d’une stature au-dessus de la moyenne et d’un port élancé, la grâce de ses gestes et de son maintien semblaient innés. Je ne sais comment elle réussit à passer devant moi sans que je visse ses mains, ses jambes, ses pieds. Elle semblait glisser au-dessus du sol malgré tapis et plancher glissant et gardait sa tête baissée. Je ne pus voir son visage quand elle passa si près de moi, laissant un sillage au parfum d’humus.
    Elle gagna la porte et je commençais à recouvrer mes sens engourdis jusque là.
    Alors elle se retourna et rejeta sa capuche. Seulement là, mon sang glacé la reconnut : rien qu’un squelette. La Mort, la Mort est venue chez moi et m’a frôlée !
    Elle murmura d’une voix rauque : Je reviendrai.
    La porte se referma très doucement, sans déranger la profonde stupéfaction où cet épisode m’avait plongée.
    Ce n’est qu’un moment après que, vivante à nouveau, je me précipitai sur mon ordinateur. Il était éteint, comme je l’avais laissé en partant travailler. Désemparée de ne plus trouver trace de ce qui, pourtant, était arrivé, le jetai un regard affolé autour de moi.
    Une feuille dépassait du berceau de l’imprimante. Je l’empoignais et lus quelques mots du texte imprimé. Je dus m’asseoir pour continuer de lire :
    « Elle était assise à mon bureau, appliquée à taper sur mon ordinateur...
    J’étais pourtant rentrée bruyamment dans l’appartement réputé vide, jetant mes clés sur la table, expédiant mes chaussures et mon sac dans le couloir, au plus près de la porte de ma chambre, pressée de noter l’idée qui m’avait squatté l’esprit tout l’après midi. C’était une sorte de poème, qui chantait bien et m’obsédait pour le moment. Je me savais capable de l’oublier, demain.
    Malgré tout ce remue-ménage, l’inconnue continuait à taper tranquillement. Elle
    n’avait même pas ... »
    Tout était là et le texte se terminait par :
    « Je reviendrai... »

     

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