• Présentation des chats de MIAOU !

    MIAOU !

    Des histoires de chats drôles ou tendres, aventureuses ou insolites, inspirées par jeux de mots, comptines ou chansons... Oui, mais qui sont ces chats ?

    Par ordre d’entrée en scène :

     

    Le chat de la Mère Michèle

    GROBIS, fils de RAMINA

    C’est le chat de Michèle, la mère de tous les oubliés du quartier

    Un jour, ce petit chat timide et peu intrépide fut perdu. Toute une aventure !

    C’est la fille d’Anselme Tucru, Luce qui l’a retrouvé.

     

    La haut, sur la montagne, l’était un vieux chalet

    Il y a un chat laid, la haut sur la montagne, nommé VAURIEN.

    Il prend sa laideur avec dignité et détachement. Pour son homme, Bernard, dessinateur de BD, il est juste original. Ils sont unis comme les doigts de la main, et vont faire face à de terribles aventures : catastrophe naturelle, rapt, trahison, poursuite effrénée dans un vieux théâtre, histoire d’amour...et une fin conforme à la célèbre chanson.

     

    Crime et chat qui ment

    ROM, ainsi nommé pour son air quémandeur, va mentir effrontément au commissaire, pour innocenter Ludo, son complice humain en siestes volées. Olympe, mère chat au grand coeur a tout compris. L’erreur judiciaire est évitée.

     

    Lettre persane (la boudeuse)

    Une savoureuse « chatte de lettres », persane blanche de haut lignage, nous dit tout de ses ancêtres, sans se nommer elle même tant elle est outrée. Son « homme de lettres » a osé la chasser !

     

    Numéro cinq du chat Nelle

    D’extraction plus modeste, le NUMERO CINQ du chat Nelle devient héros en sauvant la vie de Mariane. Lily est très fière de ce cinquième chaton de la portée de Nelle. Nelle est la petite fille de Mariane, la soeur de Jules... C’est un peu embrouillé ? Nestor et Adélaïde vont tout vous expliquer : Il suffit de voir les choses au travers du coeur de Mariane, c’est tout simple !

     

    Chapeau bas, les jeunes !

    GAZOU a eu deux vies pour Adèle, en attendant les sept encore à venir.

    Adèle, ancienne pianiste célèbre, voit tout se déliter autour d’elle. Elle subit les atteintes terribles de l’âge et Gazou, son vieux compagnon à quatre pattes, l’aide à accepter toute cette déchéance. Mais voilà, Gazou vieillit aussi. Il n’évite pas le chauffard qui le heurte sciemment. Comment laisser Adèle seule après les soins, sans Gazou qui assurait les intervalles ? se demandent les quatre jeunes femmes chargées d’assurer les soins auprès de la vieille dame C’est Milou, l’ami de l’une d’elle qui redonne à Gazou une présence nécessaire, une deuxième vie auprès d’Adèle bien diminuée elle aussi.

     

    La vie d’chat Thot

    Le chat Thot , à qui sa riche maîtresse a élevé un mausolée, vivait heureux et entouré d’amis félins aux alentours de la grande guerre.

    Une p’tite dame en manteau roux élimé, à notre époque, a un urgent besoin d’un travail, sinon elle sera expulsée de son appartement, vouée à la rue.

    Aussi, malgré l’étrangeté de ce qu’elle découvre en répondant à une annonce d’employeur, se montre-t-elle persévérante et appliquée. Elle s’efforce de faire taire toutes les questions que fait naître cet emploi si bien payé.

    Beaucoup de chats vont traverser sa vie et lui donner une orientation imprévue. Nous ne connaîtrons pas leurs noms. Gilles, peut-être, pourra tous les nommer à Mathilde ?

     

    Miaou et les oiseaux

    Deux copains :Juju et Miaou, se retrouvent à la sortie de l’école. Ils parlent la même langue, celle de l’amitié. Ils échangent des informations, par exemple sur l’école. Ce n’est pas la même, Miaou va à l’école des oiseaux. Il apprend bien, mais n’en est pas très fier. C’est qu’en tant que chat, les oiseaux l’affolent. Juju réprouve, mais ,elle aussi fait des bêtises et le sait bien. Ils se comprennent et sont amis, pour de vrai !


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  • Rappel:

    L'inspecteur Maalouch a bien l'intention de "faire parler "quat'saisons" Ludo, qui veut venger ses amis"les Blanc", n'est pas contre, mais pas pour non plus...

     L’inspecteur Malouch jugea qu’après une mauvaise nuit en cellule, son suspect serait plus disert. Il fit monter Ludo de grand matin.

    Barbe et cheveux en bataille, les yeux cernés et baillant à mâchoires décrochées, il laissa tomber son long corps osseux dans le fauteuil pourtant sévère destiné aux interrogatoires. Il s’y lova, fit son trou, habitué à rechercher le plus possible de confort même en l’absence de celui-ci. Malouch le regardait faire, prenant pour du culot ce qui n’était que tendance naturelle.

    L’inspecteur allait de stupéfactions en étonnements. Son suspect semblait coopérer...à sa manière. Celui-ci avait négocié habilement la résolution du mystère de l’ascenseur (qu’il occupait avec son véhicule) contre l’assurance que rien de ce qu’il avouait-là ne parviendrait à la Direction. Il fallut que l’inspecteur lui donne des preuves de sa discrétion, mais quand il les eut, Ludo lui raconta sans vergogne ses habitudes flâneuses, sa descente précipitée au second sous-sol, où il aurait dû transpirer à ranger de lourds cartons, et tout ce que son oeil exercé de dessinateur avait noté au cours de ses pérégrinations fantaisistes dans l’entreprise. La seule chose qu’il évita de dire concernait Rom, qui n’existait tout simplement pas. Pas d’imposte ouverte, aucun chat dans l’entrepôt, c’était la loi de l’endroit...

    Il parla enfin des victimes, dit tout le bien qu’il en pensait, les liens anciens qu’ils avaient tissés, et la colère qui l’animait envers le ou les assassins était sincère, foi d’inspecteur de police !

    Il faisait beau, la fenêtre était ouverte. Dans la pièce à côté, les collègues de Malouch avaient du vague à l’âme. Le bureau, des rapports à taper, par ce soleil ! Quel gâchis. Un blondinet regardait dehors avec nostalgie. Il eut une exclamation et se pencha dangereusement au-dessus du garde-fou. Les autres réagissaient pour l’empêcher de tomber, quand il se retourna, souriant :

    — « C’est rien ! Y’a un chat qui fait son somme sur la corniche, sous le local du commissaire ! Quelle idée ! Il est tranquille, le pépère ! Il dort. »

    Les fonctionnaires défilèrent pour constater le fait : Un chat dormait au soleil, sur l’étroite corniche.

    — « Bah ! » dit l’un d’eux, « il a su monter, il saura bien redescendre... » Et l’incident fut clos, chacun étant pressé de terminer les paperasses pour sortir au soleil aussi.

    L’aspirant commissaire, lui, avait examiné à la lumière des observations pointues de Ludo, certaines dépositions, et avançait. Il voulut revoir Ludo avant de conclure.

    — « Planton, voulez-vous faire monter Monsieur Ludovic Stayer. Et demandez qu’on prépare les papiers pour sa libération ... Oui, ce soir, mettons dans une heure ! »

    Tiens donc : Monsieur Stayer ! Il n’était donc plus « Quat’saisons ?

    Ludo entra, toujours aussi hirsute et décontracté, et gagna tout de suite le petit fauteuil de fer.

    — « Monsieur Stayer, j’ai un dernier détail à régler avant de vous libérer... » Ludo leva un oeil... « Mademoiselle Olympe, la secrétaire de votre directeur, a mentionné un chat paraissant sortir de l’entreprise. Il a pris par le toit, puis est entré dans l’entrepôt. Avez-vous remarqué vous aussi quelque chose ? Un autre témoin parle du cagibi du rez-de- chaussée, d’une imposte ouverte... Vous qui alliez partout, avez-vous déjà vu ce chat ? »

    Ludo bien embêté, cherchait une réponse évasive, quand le jeune blondinet du bureau d’à côté entra, les bras pleins d’un chat de gouttière paraissant dans les vaps.

    — « Qu’est-ce que je fais, chef, il est tombé de la corniche sur le trottoir juste quand je sortais. J’l’ai ramassé... ? » Alarmé, Ludo se leva... et se rassit aussitôt. Rom avait brièvement glissé un regard sur le côté, puis refermé ses yeux jaunes...

    Sur ces entrefaites entra Mademoiselle Olympe, introduite par un policier en uniforme. Elle venait chercher les conclusions de l’inspecteur, car Duponz rentrait demain matin. Il était furieux, comme d’habitude, mais cette fois avait un beau prétexte.

    — « Oh ! le pauv’ Kiki » Elle s’avançait tout naturellement vers un chat en souffrance. Rom ouvrit les yeux sous sa caresse et bougea un peu. Puis se redressa et voulut quitter les bras secourables mais fermes du blondinet . Celui-ci le posa doucement à terre et Olympe entreprit de le palper sur toutes les coutures. Il semblait indemne. La conversation reprit pour régler les affaires en cours, car l’heure avançait. Ludo fut servi le premier, on lui rendit ses petites affaires et il sortit sans avoir répondu aux questions restées en suspens. Rom n’eut pas un regard pour lui, ne fit pas mine de le suivre, même par inadvertance. Olympe eut son dossier pour son patron. Celui-ci avait sur les bras deux victimes et un assassin, car le coupable était le cinquième employé du service emballages, pris d’un coup de folie. On n’avait pas fini de l’entendre vitupérer.

    Restait le cas du « kiki ». Olympe au grand coeur s’en chargea. Il se cala entre ses bras quand elle retourna à sa voiture...

    — « Je crois que j ‘ai tout compris, petit hypocrite ! lui dit-elle quand il fut bien installé sur la banquette arrière. Tu as menti effrontément au commissaire ! Tu le connais, Ludovic, hein ? Tu venais en douce le voir à l’entreprise... C’est toi que j’ai vu filer par l’entrepôt le jour du drame...Petit filou ! Et puis, comme il n’est pas rentré, tu l’as cherché, trouvé, et tu l’attendais... Et comme tu n’avais pas mangé de tout ce temps, tu es tombé ! Et tu n’as pas voulu trahir ton ami !... Mon petit héros !, dit-elle tendrement. Il fallait bien une chute à cette histoire, mais pas la tienne ! «


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  • Deux des cinq employés à l’emballage, le Père et la Mère Blanc, deux vieux piliers de l’entreprise qu’ils avaient connue rustique et débutante, gisaient dans une flaque de sang et paraissaient sans vie. Le silence régnait quand Mademoiselle Olympe parvint au premier rang des curieux. Puis un murmure ténu le remplaça, devenant peu à peu plus bruyant. Quelques personnes sanglotaient, entourées de consolateurs. Une femme rousse entamait une crise de nerfs et plusieurs collègues s’employaient à la calmer... Personne n’était attentif à la situation, aux présents, aux manquants. Seule l’absence de Monsieur Duponz avait été remarquée, mais sa secrétaire était au courant.
    Enfin on entendit les sirènes, on vit de nombreux gyrophares et les voitures bleues ou blanches encombrèrent la cour d’entrée, dans de grands crissements de pneus pleins d’autorité.
    Quelques instants plus tard, un jeune inspecteur efficace avait réuni tout le monde dans le hall. Il avait dressé la liste des personnes présentes, et commençait à recueillir les témoignages de tous ces gens qui n’avaient rien vu. Les victimes étaient évacuées, toutes deux atteintes de coups de couteau (d’arme blanche disait l’inspecteur, mais personne n’envisageait la présence de sabres ou de fleurets dans l’atelier où les outils tranchants abondaient) Deux autres employés de cet atelier n’étaient pas sur les lieux. Ils étaient au deuxième sous-sol en train de vérifier une livraison arrivée le matin-même. On les fit monter, ainsi que Ludo qui avait rejoint dare-dare ce deuxième sous-sol où il mettait toute son ardeur ( ! ) à tenter de rendre invisible le travail pas fait de sa matinée de glandeur.
    Mademoiselle Olympe était aux côtés de l’inspecteur, qui interrogeait les cadres et les acteurs principaux, tandis que deux autres policiers prenaient les dépositions du menu fretin. Les choses, menées avec zèle, marchaient rondement quand un coup de fil retentit sur le circuit laissé à disposition de l’inspecteur. L’hôpital . L’une des victimes était décédée durant le transport et ils annonçaient qu’on n’avait pas réussi à ranimer la seconde, pourtant encore en vie au moment de son transfert. Si ces deux personnes ne s’étaient pas battues et entre tuées, on était en présence d’un double crime.
    L’inspecteur n’était pas mécontent. Son commissaire lui avait « confié la boutique », pendant qu’il effectuait un stage très important,( à Monaco). Ce double meurtre tombait bien pour son avancement.
    Les victimes étaient au bord de la retraite, tranquilles, sans histoires. Ils comptaient beaucoup d’amis parmi leurs collègues, n’avaient jamais fait valoir leur ancienneté pour obtenir des postes plus reluisants, semblaient heureux dans leur atelier d’emballage. Ils étaient très unis, d’après la majorité des employés-maison, et ceux qui les côtoyaient le plus ne leur connaissaient ni enfants, ni famille proche. Ils étaient tout l’un pour l’autre et leurs seuls amis, ils les voyaient à l’entreprise.
    L’inspecteur s’appelait Malouch. Il était grand, plutôt brun mais son crâne était rasé. Ses dents longues ne l’empêchaient pas de marcher, et vite.
    Il avait réuni et parcouru tous les interrogatoires sans en retirer grand chose. Toutefois, une question restait sans réponse. Ils étaient plusieurs à avoir voulu prendre l’ascenseur, et celui-ci, en excellent état, n’était pas disponible. L’accès de l’ascenseur se faisait au moyen du badge. Certains y avaient accès, d’autres pas. Question de hiérarchie et de dérogations diverses... L’inspecteur comprenait ces bizarreries, les mêmes que celles auxquelles on se heurtait parfois au commissariat.
    Mais qui donc bloquait cet ascenseur, pendant tout le temps écoulé entre l’alerte et l’arrivée de mademoiselle Olympe, la dernière sur les lieux du crime, puisque retenue au téléphone par la police ?
    Il n’avait pour l’instant que ce mystère à creuser. Tout le reste était explicable. Le seul alibi original était celui de ce grand fainéant dénommé Quat’saisons par tout le monde, qui ne se trouvait nulle part de vérifiable à l’heure du crime.
    — « Allez hop !: on l’embarque : garde à vue pour complément d’interrogatoire. On plie bagage. Allez, vite fait ! A la maison et plus vite que ça ! »
    — « Il faut bien faire quelque chose et ce grand mec n’en mourra pas ! Un quasi suspect et un mystère...ça commence à prendre tournure », se félicitait notre inspecteur, gourmand.
    ... Mademoiselle Olympe rentrait à pied dans son petit pavillon, à quelques rues de l’entreprise. Elle était assez contente de la manière dont elle avait su garder son sang-froid, sobre et efficace comme toujours. Quelle affaire tout de même ! Monsieur et madame Blanc, assassinés, et tout ça en l’absence du patron ! Simone et Gaby, qu’elle avait connus jeunes mariés ! Morts ! baignés dans leur sang ! Au fur et à mesure qu’elle s’éloignait de la firme, sa gangue austère fondait et elle prenait conscience de l’horreur de ce qui s’était passé ce matin.
    Heureusement, dès le portillon franchi, tous ses chats l’accueillirent avec tant de fête, de frottages et de ronronnements que sa légère défaillance passa comme un rien.
    Oui, la sévère Mademoiselle Olympe, dure et rigide, peu aimable en général avec les humains, était une mémère-chat. Elle en accueillait tant qu’elle pouvait, en sauvait de la noyade, de la pendaison, du martyr, de l’abandon, de la faim et des tourments en tous genres. Elle visitait les lieux à chats perdus, squares ou cimetières, pour y déposer de la nourriture, elle en faisait soigner ou castrer à ses frais. Son jardin était squatté par des SDF à quatre pattes dans l’attente d’une adoption, par des éclopés en train de guérir, par une ou deux nichées en danger... Elle était la sainte mère des chats de hasard.
    Tous attendaient son retour, le soir, car ses horaires variaient peu. Et aujourd’hui, elle était en retard et tous le savaient, l’avaient attendu dans la tension et l’inquiétude.
    La gent féline est équipée par la nature d’une horloge qui fonctionne bien. Ils repèrent en un clin d’œil vos horaires, vos habitudes, le bruit de vos clés ou de votre voiture. Tout ça d’un air détaché, l’air occupé par autre chose...se toiletter, dormir... Alors ils se lèvent, baillent, s’étirent et viennent vers vous comme par hasard, pour vous faire une gentillesse... alors qu’ils vous ont guetté depuis un quart d’heure et se sont placés par avance sur votre chemin, mais perchés, planqués, l’air ailleurs...
    Heureuse au milieu de ses minets reconnaissants, Olympe se souvint d’avoir noté par hasard le passage d’un chat par l’entrepôt, juste après le drame. Un gris gouttière tout gonflé comme s’il s’était senti menacé... Qu’est-ce que c’était que ce kiki là ? Avait-il quelque chose à voir avec la tragédie ? Il filait sans hésitation, comme sur un trajet connu... D’où sortait-il ? Pas de l’Entreprise, tout de même ! Olympe, à son grand désarroi, avait fait suivre les ordres du Patron : chasser ou tuer toute bête sur le territoire de l’Entreprise. Une maison spécialisée venait vérifier les locaux régulièrement, poser des pièges et du poison, pas seulement pour les rats. Brrr...Jusqu’ici, aucun chat n’avait été pris, trouvé mort ou sacrifié. Les rats absents, ils n’avaient pas de raison d’aborder ces lieux hostiles. Quelle raison celui-ci pouvait-il bien avoir d’oser y circuler ? Et d’abord, qui était-il ? Pas un abandonné, un miséreux... Il semblait bien gras et en bonne santé, juste apeuré. Peut-être, raisonna-t-elle en experte es félins, se comportait-il un peu comme un coupable : train vif, mais pas allure de fuite, pas un regard en arrière malgré l’attroupement...et pas du tout en recherche de cachette. Non. Il savait parfaitement où il allait et s’y rendait au plus vite, mais sans fuir, pour ne pas être remarqué, poursuivi. Olympe reconnaissait là une stratégie partagée par ses pensionnaires, lors de leurs aventures diverses. Ses réflexions la laissèrent songeuse...
    Ludo s’était laissé emmener sans se départir de son flegme, avait répondu :— « J’chais pas, j’ai rien vu » aux questions posées par le fonctionnaire. Il arborait son air le plus ahuri, désarmant les curiosités.
    Affalé sur le banc dur et froid de la cellule comme il l’aurait été sur un canapé moelleux, il semblait dormir. Mais pour une fois, le sommeil l’avait quitté, laissant place à une contrariété en ce qui concernait sa propre personne — « pourvu qu’ils ne trouvent pas mes planques à siestes, ma petite organisation pépère, les trous de mon emploi du temps... » une inquiétude : —« qu’est devenu Rom ? aura-t-il pu s’enfuir sans être vu ? Pourvu que ces bourreaux de bestioles ne lui aient rien fait ! et un vrai gros chagrin : — « Gaby, Simone... si gentils ! assassinés ? incroyable ! Qui ? Qui a bien pu faire ça ... le salaud, je le retrouverai ! »
    C’était le couple Blanc qui avait fait rentrer Ludo à l’entreprise. Il leur avait rendu quelques petits services en tant que voisin plus instruit qu’eux... Eux l’avaient un peu adopté comme un fils adulte , réservé et laconique mais sur qui on pouvait compter. Seuls ils connaissaient les visites de Rom à son compagnon de léthargie, et les activités annexes de Ludo, poète à ses heures et dessinateur de BD intergalactiques et éthérées.


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  • Mouette rieuse et Gros matou

    Lui était gros, grand, large et noir, comme un énorme matou

    Elle était légère, effilée, grise et pâle comme une mouette.

    Le gros matou aima sa légèreté.

    L’oiseau véloce aima en lui l‘abondance.

    L’amour abondait en effet, dans ce corps lourd à l’esprit lent.

    Un esprit entêté dans son admiration pour la finesse et la grâce de l’oiseau

    L’esprit lourd entêté d’amour était stabilité.

    La pensée rapide et légère de l’oiseau virevoltait..

    Ainsi l’oiseau s’envola...

    Le grand, gros matou, lourd et noir, désespéré, hurla sa peine et son incomplétude, comme on pleure à la lune.

     Pitoyable, son coeur lourd et vaste empli de passion voyait tout aussi noir que sa peau. Mais son sang rouge pulsait au rythme de son amour intact.

    Les pulsations, le rythme syncopé, les hurlements d’amour devinrent un chant très beau puisque « les chants désespérés sont les chants les plus beaux. »

    La renommée de ce chant si lourd de sens et si plein d’amour sans espoir se répandit de par le vaste monde, car le matou gros, grand, large et noir envoyait au loin, en abondance son chant d’amour désespéré qui parlait de grâce, de légèreté virevoltante, inconséquente parfois.

    La femme pâle et effilée, semblable à une mouette, se souvint de la douceur et du réconfort qu’il y avait auprès de l’homme grand, gros et noir qui savait aimer d’abondance et si bien chanter sa peine et son amour entêté

    La mouette anxieuse et contrite revint voleter autour du gros matou noir. Un vol d’oiselles écervelées agaçaient celui-ci, mais à travers leur foule il réussit à voir la fine mouette, perle penaude et toute émue.

    Son corps lourd et son esprit brûlant et têtu ouvrirent le refuge de ses grands bras émus à la finesse et la grâce de la jolie repentie... 


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  •  

    Un parfait gouttière, Rom.

    Né matou, à présent castré, rondouillard, quémandeur...

    Ainsi nommé parce que, miaulant  pour réclamer, il adopte un ton bas, rentré, suppliant, pitoyable... même repu et satisfait !

    Son maître était grand, sec, voûté, barbu. Le genre « Grand Duduche » avancé, adolescent ranci sans avoir mûri.Les deux se complétaient comme des complices. Flegmatiques, assez loin de l’effort, ils aimaient tous deux le confort, voire le réconfort,et glander, voire dormir, autant que faire se peut.

    L’humain, qui n’avait rien d’un maître en somme, s’appelait Ludo et gagnait sa vie en traversant des bureaux appuyé sur une étagère roulante, pour distribuer selon les demandes dossiers, trombones, courrier, rames de papier...

    Il oubliait les commissions qu’on lui confiait et négligeait de recharger convenablement son petit éventaire, mais tout le monde aimait sa sympathie harassée. Le plus amorphe d’entre eux se sentait dynamique en sa présence.

    Ils l’avaient surnommé « Quat’saisons » à cause de sa voiturette et lui savaient gré de trimballer un perpétuel air de vacances dans cette ruche affairée. Son office faisait qu’il connaissait tout le monde , circulait dans tous les recoins de l’entreprise. Son badge ouvrait plus d’accès que celui du PDG, qui n’avait que faire des deuxièmes sous-sol et des appentis encombrés où Ludo s’était aménagé quelques recoins pour des siestes tranquilles.

    Rom, parfois le rejoignait dans ces refuges, car le deux pièces de Ludo était situé à deux pas de là,  Rom prenait donc un raccourci par les entrepôts et le toit de l’atelier d ‘emballage. Ludo laissait ouverte une imposte de cagibi à son intention, sous des prétextes d’air pur.

    Jamais Rom ne s’aventurait dans les locaux bourdonnants de travail. Il aurait risqué d’y rencontrer Monsieur Duponz, le directeur, toujours sous pression, ou Mademoiselle Olympe, son acariâtre secrétaire... Les autres, ma foi, il les sentait accessibles à la pitié accordée à ses miaous lamentables, mais il ne prenait aucun risque sans raison valable. Son existence restait donc inconnue à la majorité du personnel.

    Au cours d’un après-midi ordinaire, Rom était venu partager une sieste digestive avec  son complice, dans le débarras à l’imposte. Ludo venait de finir sa tournée des bureaux et était censé monter des caisses de fournitures du sous-sol. Il avait aperçu Rom en passant et l’idée de se reposer un peu l’avait séduit. Les deux compères s’apprêtaient à leur passe-temps favori en s’étirant, baillant tout leur soul et préparant leur couche.

    Un hurlement  formidable arriva par l’imposte ouverte sur la courette de l’atelier d’emballage,  et leur glaça les sangs. Suivit une chute de choses métalliques, des pas précipités, puis un silence de mort. Rom avait soudain doublé de volume et son poil commençait à peine à se replacer. Son échine et sa queue restaient dressés, en attente d’apaisement.

    Ludo se précipita (à son rythme tout de même, il ne faut rien exagérer) sur son chariot, pour tenter de regagner en douce l’endroit où il aurait dû être.

    En douce, impossible ! La plus part des employés étaient sortis dans le couloir et s’interrogeaient l’un, l’autre. Quelqu’un du département emballages surgit en bas de l’escalier, criant « au secours ! »Il réclamait le SAMU, la police sur un ton suraigu... Un employé décida d’aller voir, les autres suivirent comme un seul homme, en cortège dans l’escalier, car l’ascenseur n’était pas libre. Un cadre avait tout de même appelé le Samu, au cas où, et Mademoiselle Olympe était en communication avec la police. En rejoignant le groupe attroupé dans la courette, elle remarqua  un gros chat gris s’enfuyant par le toit, puis se glissant dans l’entrepôt.

    Deux des cinq employés à l’emballage, le Père et la Mère Blanc, deux vieux piliers de l’entreprise qu’ils avaient connue rustique et débutante, gisaient dans une flaque de sang et paraissaient sans vie. Le silence régnait quand Mademoiselle Olympe parvint au premier rang des curieux. Puis un murmure ténu le remplaça, devenant peu à peu plus bruyant. Quelques personnes sanglotaient, entourées de consolateurs. Une femme rousse entamait une crise de nerfs et plusieurs collègues s’employaient à la calmer... Personne n’était attentif  à la situation, aux présents, aux manquants. Seule l’absence de Monsieur Duponz avait été remarquée, mais sa secrétaire était au courant.

    Enfin on entendit les sirènes, on vit de nombreux gyrophares et les voitures bleues  ou blanches encombrèrent la cour d’entrée, dans de grands crissements de pneus pleins d’autorité.

    Quelques instants plus tard, un jeune inspecteur efficace avait réuni tout le monde dans le hall. Il avait dressé la liste des personnes présentes,  et commençait à recueillir les témoignages de tous ces gens qui n’avaient rien vu. Les victimes étaient évacuées, toutes deux atteintes de coups de couteau (d’arme blanche disait l’inspecteur, mais personne n’envisageait la présence de sabres ou de fleurets dans l’atelier où les outils tranchants abondaient)  Deux autres employés de cet atelier n’étaient pas sur les lieux. Ils étaient au deuxième sous-sol en train de vérifier une livraison arrivée le matin-même. On les fit monter, ainsi que Ludo qui avait rejoint dare-dare ce deuxième sous-sol où il mettait toute son ardeur ( ! ) à tenter de rendre invisible le travail pas fait de sa matinée de glandeur.

    Mademoiselle Olympe était aux côtés de l’inspecteur, qui interrogeait les cadres et les acteurs principaux, tandis que deux autres policiers  prenaient les dépositions du menu fretin. Les choses, menées avec zèle, marchaient rondement quand un coup de fil retentit sur le circuit laissé à disposition de l’inspecteur. L’hôpital . L’une des victimes était décédée durant le transport et  ils annonçaient qu’on n’avait pas réussi à ranimer la seconde, pourtant encore en vie au moment de son transfert. Si ces deux personnes ne s’étaient pas battues et entre tuées, on était en présence d’un double crime.

    L’inspecteur n’était pas mécontent. Son commissaire lui avait « confié  la boutique », pendant qu’il effectuait un stage très important,( à Monaco). Ce double meurtre tombait bien pour son avancement.

    Les victimes étaient au bord de la retraite, tranquilles, sans histoires. Ils comptaient beaucoup d’amis parmi leurs collègues, n’avaient jamais fait valoir leur ancienneté pour obtenir des postes plus reluisants, semblaient heureux dans leur atelier d’emballage. Ils étaient très unis, d’après la majorité des employés-maison, et ceux qui les côtoyaient le plus ne leur connaissaient ni enfants, ni famille proche. Ils étaient tout l’un pour l’autre et leurs seuls amis, ils les voyaient à l’entreprise.

    L’inspecteur s’appelait Malouch. Il était grand, plutôt brun mais  son crâne était  rasé. Ses dents longues ne l’empêchaient pas de marcher, et vite.

    (à suivre)


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