• poésies

    La ballade des crapauds

     

    Belle était endormie au château de son père.

    Piquée avait été d'un fuseau oublié

    Lui l'éveilla enfin par un très doux baiser...

    Ils s'enfuirent tous deux mener joyeuse vie.

    Las ! Dès après, au bordeau, l'imprudente atterrit.

     

    Sœurs ! Oyez bien ce refrain, reprenez-en les mots :

    "Tous les princes charmants ne sont qu'anciens crapauds"

     

    Jeanneton rêvassait, à l'orée d'un buisson,

    Au doux prince monté sur son destrier blanc

    Qui saurait la ravir au labeur de la ferme...

    Il surgit, droit et fier sur sa grosse moto,

    La troussa, la viola, disparut aussitôt.

     

    Sœurs ! Oyez bien ce refrain, reprenez-en les mots :

    "Tous les princes charmants ne sont qu'anciens crapauds».

     

    Julie, presque une enfant, aux doux yeux d'ambre brun

    Etait aimée de Pierre, petit gros boutonneux,

    Qui convoitait son cœur et marchait en canard.

    Elle l'éconduit. Le vit, quelques années plus tard

    Grand, beau, éblouissant, épouser Euphrasie.

     

    Sœurs ! Oyez bien ce refrain, reprenez-en les mots :

    "Tous les princes charmants ne sont qu'anciens crapauds».

     

    J'en ai connu un beau, un tendre, un ténébreux...

    Auprès de lui, princesse on se sentait vraiment.

    Il montra son vrai jour et ses vrais sentiments :

    Quoique beau et flatteur, avait vilains penchants

    Et c'est de l'intérieur qu'il était pustuleux.

     

    Sœurs ! Oyez bien ce refrain, reprenez-en les mots :

    "Tous les princes charmants ne sont qu'anciens crapauds».

     

    Quand, parvenue au port, après moult errances,

    Couchée auprès de lui, appréciant sa peau douce,

    Amoureuse, oubliant les anciennes souffrances,

    Regrettant n'avoir pas sa jeunesse habité...

    Sentis là, sous ma main... quelques rugosités.

     

    Sœurs ! Oyez bien ce refrain, reprenez-en les mots :

    Tous les princes charmants ne sont qu'anciens crapauds